Que voir à Gordes quand on adore l’histoire et le patrimoine ?

On arrive à Gordes par la route de Cavaillon, et le premier réflexe, c’est de s’arrêter au belvédère pour photographier le village accroché à sa falaise. Le problème, c’est que la plupart des visiteurs repartent après cette photo sans avoir mis les pieds dans les souterrains, les caves troglodytiques ou les ruelles médiévales qui font le vrai intérêt patrimonial du lieu.

Pour qui aime l’histoire, Gordes demande qu’on dépasse la carte postale et qu’on descende sous la surface, au sens propre.

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Caves du Palais Saint-Firmin : le patrimoine souterrain de Gordes

C’est par là qu’on recommande de commencer, parce que c’est le site le moins visible et le plus révélateur. Les caves du Palais Saint-Firmin sont un réseau de salles creusées dans la roche calcaire, sous le village actuel. On y trouve d’anciens moulins à huile, des cuves taillées à même la pierre, des silos à grain et un escalier troglodytique qui descend sur plusieurs niveaux.

Ce qui frappe, c’est la superposition des usages : chaque salle témoigne d’un métier disparu (tannerie, huilerie, stockage). Les traces d’outils sur les parois sont encore nettes. On passe d’une époque à l’autre en changeant de pièce.

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L’accès se fait depuis le centre du village, à quelques pas de l’église. Prévoir une petite heure sur place pour lire les panneaux et observer les détails. La température est fraîche même en plein été, ce qui en fait un bon premier arrêt avant de remonter dans les calades.

Touriste admirant le portail sculpté du Château de Gordes avec ses détails architecturaux Renaissance en pierre calcaire

Château de Gordes et architecture Renaissance en Vaucluse

Le château domine la place du village. Sa silhouette massive mêle des éléments de fortification médiévale (tours rondes, mâchicoulis) et des ajouts Renaissance. C’est la famille Simiane d’Agoult qui a remanié l’édifice au XVIe siècle, en conservant la structure défensive tout en ouvrant des fenêtres à meneaux et en ajoutant une cheminée monumentale à l’intérieur.

L’intérieur vaut autant que la façade. La grande salle du premier étage présente une cheminée sculptée qui occupe presque tout un mur. Les expositions temporaires changent, mais la structure architecturale reste le vrai sujet de la visite.

Depuis la terrasse du château, on dispose d’une vue dégagée sur la vallée du Luberon. On repère les restanques (terrasses agricoles en pierre sèche) qui descendent en gradins, et on comprend mieux l’organisation du territoire autour du village perché.

Village des Bories : constructions en pierre sèche du Luberon

À quelques minutes en voiture du centre de Gordes, le village des Bories regroupe une trentaine de cabanes en pierre sèche, sans mortier ni charpente. Ces constructions, dont certaines remontent à plusieurs siècles, servaient d’habitations saisonnières, de bergeries ou de remises agricoles.

On se promène entre les bories en suivant un sentier balisé. Ce qui rend le site remarquable, c’est la technique de construction :

  • Des murs en encorbellement, où chaque rangée de pierres plates dépasse légèrement la précédente jusqu’à fermer le toit sans aucune poutre
  • Des ouvertures réduites au minimum pour résister au mistral, avec des linteaux monolithiques
  • Un assemblage entièrement à sec, sans liant, qui tient par le poids et l’ajustement des pierres
  • Des aménagements intérieurs visibles : niches murales, banquettes, cheminées rudimentaires

Le village des Bories est classé monument historique. On y passe facilement une heure si on prend le temps de comparer les différentes formes de toitures et de lire les explications sur les usages agricoles associés.

Village préhistorique des Bories près de Gordes avec ses cabanes en pierre sèche à toits coniques caractéristiques de la Provence

Abbaye de Sénanque : visite cistercienne aux portes de Gordes

L’abbaye Notre-Dame de Sénanque est nichée dans un vallon étroit, à quelques kilomètres du village. Fondée au XIIe siècle par des moines cisterciens, elle est encore habitée par une communauté religieuse, ce qui conditionne les horaires et les modalités de visite.

L’architecture romane est d’une sobriété radicale : pas de sculpture figurative, pas de vitraux colorés, des volumes géométriques purs. L’église abbatiale, le cloître et le dortoir illustrent l’idéal cistercien de dépouillement. Les murs en pierre de taille locale, la lumière filtrée par des baies étroites et les proportions du cloître créent une atmosphère que les photos ne restituent pas.

Les retours varient sur la durée de visite : certains trouvent qu’une demi-heure suffit, d’autres restent plus longtemps pour le jardin et le contexte paysager. Le champ de lavande devant l’abbaye est devenu une image iconique de la Provence, mais il ne fleurit qu’en été.

Calades et patrimoine bâti : parcourir le centre ancien de Gordes

Une fois les sites majeurs visités, le centre ancien mérite qu’on s’y attarde sans itinéraire précis. Les calades (ruelles pavées de galets posés sur chant) sont un patrimoine en soi. Elles relient les différents niveaux du village selon une logique d’écoulement des eaux qui remonte au Moyen Âge.

En remontant vers l’église Saint-Firmin, on passe devant :

  • Le vieux lavoir, restauré, avec sa voûte en berceau et son bassin alimenté par une source
  • Des linteaux de portes datés, parfois gravés d’initiales ou de symboles de métiers
  • Des passages couverts qui reliaient les maisons entre elles, formant un système défensif continu

L’église Saint-Firmin elle-même est une construction massive aux allures de forteresse, typique des édifices religieux provençaux conçus pour servir aussi de refuge en cas d’attaque. Son clocher carré et ses murs épais en témoignent.

Gordes est classé parmi les Plus Beaux Villages de France, et la charte du Parc naturel régional du Luberon, récemment renouvelée pour la période 2026-2041, renforce les prescriptions de conservation du patrimoine bâti et des paysages en terrasses. Les règles d’urbanisme protectrices limitent les modifications visibles sur les façades et les toitures du centre ancien, ce qui explique l’homogénéité architecturale que l’on observe encore aujourd’hui.

Pour organiser une journée complète, le plus logique est de commencer par les caves Saint-Firmin tôt le matin, d’enchaîner avec le château et les calades, puis de rejoindre le village des Bories et l’abbaye de Sénanque en début d’après-midi. Le mardi matin, le marché provençal occupe la place du village et complique l’accès au château, mais il ajoute une couche vivante au décor de pierre.

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