Le tarsier des Philippines (Carlito syrichta) ne se laisse pas observer dans n’importe quelles conditions. Depuis l’ordonnance provinciale de Bohol adoptée en 2026, le standard no-approach, no-interaction s’applique à l’ensemble des zones touristiques où l’espèce est présente, sanctuaires inclus. Ce durcissement réglementaire change radicalement les paramètres du choix entre visite encadrée et tentative d’observation en milieu naturel.
Ordonnance Bohol 2026 et cadre légal pour l’observation du tarsier
La province de Bohol a d’abord suspendu en 2025 le nourrissage et les interactions directes avec les requins-baleines, puis étendu ce principe à la faune terrestre. L’ordonnance de 2026 interdit toute approche rapprochée et tout contact avec les tarsiers dans les zones touristiques.
En pratique, nous observons que cette réglementation réduit fortement la possibilité de croiser un tarsier à courte distance hors d’un site encadré. Les guides locaux qui proposaient autrefois des détours en forêt pour montrer des individus sauvages opèrent désormais sous surveillance accrue du bureau provincial du tourisme.
Des chercheurs de l’Université des Philippines Diliman ont par ailleurs identifié des signalements crédibles de tarsiers dans 29 provinces du pays, soit plus du double des 14 provinces reconnues par l’UICN. Cette extension géographique s’accompagne d’un constat inquiétant : des publications sur les réseaux sociaux montrent des tarsiers en cage ou attachés, ce qui est strictement illégal au regard du droit philippin. Observer un tarsier en dehors d’un cadre officiel expose le voyageur au risque de cautionner ces pratiques.

Tarsier en liberté à Bohol : conditions réelles de terrain
L’expression « tarsier en liberté » recouvre deux réalités distinctes. La première est une rencontre fortuite en forêt, statistiquement rare : le tarsier est nocturne, mesure une quinzaine de centimètres et se confond avec l’écorce pendant la journée. La seconde, plus fréquente, désigne des tarsiers semi-captifs maintenus sur des branches accessibles par des opérateurs non agréés.
Nous recommandons de distinguer ces deux situations avant de planifier une excursion. La rencontre fortuite ne se programme pas et ne justifie pas un détour logistique depuis Tagbilaran ou Panglao. L’observation semi-captive, elle, pose un problème éthique direct.
Signes d’un site non éthique
- Tarsiers positionnés sur des branches basses, à hauteur de visage, en plein jour, sans possibilité de fuite vers la canopée
- Éclairage artificiel ou flash autorisé (le tarsier est extrêmement sensible à la lumière, ses yeux sont proportionnellement les plus grands de tous les mammifères)
- Possibilité de toucher ou tenir l’animal, même brièvement (rappel : le stress peut provoquer un comportement suicidaire chez le tarsier, qui se fracasse le crâne contre des surfaces dures)
- Absence d’affichage de permis du Department of Environment and Natural Resources (DENR)
Si l’un de ces critères est rempli, quittez le site. Votre présence finance un modèle qui accélère le déclin de l’espèce.
Philippine Tarsier Sanctuary de Corella : ce que vaut réellement la visite
Le sanctuaire géré par la Philippine Tarsier Foundation, situé au barangay Canapnapan à Corella, reste la référence. La visite se fait obligatoirement avec un guide du site. Le parcours traverse un enclos forestier de taille modeste où sont présentés quelques individus, généralement entre trois et cinq.
Le terme « sanctuaire » prête à confusion. Il ne s’agit pas d’une réserve naturelle au sens strict, mais d’un périmètre clôturé en forêt secondaire. Les tarsiers y disposent de branches et de végétation, sans pour autant évoluer dans leur habitat primaire. Nous considérons que le dispositif protège les animaux du contact direct tout en restant un compromis entre conservation et tourisme.
Limites du modèle sanctuaire
Le nombre de visiteurs par jour n’est pas plafonné de manière publique, et les groupes se succèdent à intervalles courts. Le bruit, même contenu, perturbe des animaux dont l’audition couvre des fréquences ultrasoniques. Le guide impose un silence relatif et interdit le flash, mais le respect de ces consignes dépend largement de la composition du groupe.
L’autre site connu, le Tarsier Conservation Area de Loboc (parfois étiqueté « Pilar » dans les circuits organisés), présente un modèle différent. Plusieurs retours de voyageurs signalent des conditions moins contrôlées. Nous privilégions systématiquement Corella pour un premier contact avec l’espèce.

Intégrer l’observation du tarsier dans un itinéraire Bohol
La route entre Tagbilaran et les Chocolate Hills passe à proximité de Corella. La visite du sanctuaire s’intègre naturellement dans une journée qui combine les collines, la rivière Loboc et un arrêt tarsier, sans détour significatif.
Louer un scooter depuis Tagbilaran ou Panglao donne la flexibilité d’arriver tôt le matin, quand la fréquentation est la plus faible. Les circuits organisés à la journée regroupent souvent plusieurs dizaines de participants, ce qui dégrade l’expérience au sanctuaire.
- Arriver avant 9 h pour limiter la promiscuité avec les groupes de bus
- Prévoir une visite de vingt à trente minutes, pas davantage (le parcours est court)
- Ne pas enchaîner avec un site bruyant immédiatement après, pour laisser l’impression se poser
Pour le reste du séjour à Bohol, les options d’hébergement à Panglao offrent un accès rapide à la fois aux plages et à l’intérieur de l’île. Tagbilaran convient mieux comme base logistique si vous arrivez par ferry depuis Cebu.
Sanctuaire ou liberté : notre position
Le cadre réglementaire de 2026 tranche en grande partie le débat. L’observation encadrée au sanctuaire de Corella est aujourd’hui la seule option légale et éthique à Bohol. Chercher un tarsier « en liberté » revient soit à miser sur une rencontre improbable, soit à financer un circuit clandestin.
Le sanctuaire n’offre pas une expérience de nature sauvage. Il offre un aperçu réel d’un primate endémique dans des conditions qui, malgré leurs limites, contribuent au financement de la recherche et de la protection de l’habitat. Le compromis n’est pas parfait, mais c’est le seul qui tienne sur le plan de la conservation.

